dimanche 14 octobre 2012

L'INCIDENT DE HULL.




                                                                                                            L'interprète. Le capitaine Wood

LA CONFERENCE SUR L'INCIDENT DE HULL.
--Déposition du premier témoin anglais à la séance du mercredi 25 janvier.
Après avoir terminé la partie préliminaire de son oeuvre, choisi le cinquième délégué, l'amiral baron de Spaun, représentant l'Autriche, et élaboré son règlement de procédure, la commission internationale chargée de poursuivre l'enquête sur l'incident de Hull vient de tenir ses premières séances publiques.
Ces séances ne seront guère suivies que par les journalistes amenés là par leur devoir professionnel.
La «brillante assistance» des chroniques mondaines serait, ici, absolument fourvoyée et, au surplus, n'y entendrait à peu près rien. Il a été décidé en effet que les délégués des deux parties adverses ainsi que les témoins russes et anglais s'exprimeraient chacun en leur langue maternelle, la seule où ils puissent réellement formuler d'une façon exacte et précise leur pensée. Dépositions et plaidoiries seront ensuite traduites en français, puis retraduites, de nouveau, en anglais ou en russe pour pouvoir être examinées par l'adversaire. Ce qui menace de rendre fort longs les travaux de la conférence.
Du côté des Anglais, les témoins sont les pêcheurs mêmes qui stationnaient sur le Dogger Bank. Ils sont arrivés à Paris et, de bonne grâce, se sont prêtés à la photographie, dans la cour même du palais des Affaires étrangères.
Ce sont de braves loups de mer, en tout semblables à des pêcheurs des côtes normandes ou bretonnes, types de maîtres au cabotage et de matelots endimanchés. Les uns ont coiffé la bonne «cape» de feutre, que nous appelons «melon»; d'autres arborent la casquette anglaise. Il ne paraît pas qu'ils doivent se laisser impressionner par la majesté de la conférence. Il est à croire que leurs dépositions seront énergiques, résolues. «Dieu et mon droit», dit la devise britannique. Ceux-ci sentent derrière eux, pour la défense de ce droit, un peuple entier, indépendant et fier.
Du côté russe on entendra plusieurs dépositions écrites, que lira l'amiral Fournier. Celle de l'amiral Rodjestvensky, commandant de la seconde escadre du Pacifique, sera, de toutes, la plus importante.
Mais trois officiers, spécialement débarqués en cours de route par l'amiral et renvoyés en Europe, seront entendus directement: ce sont le commandant Clado, dont il a été beaucoup parlé et dont nous avons, ici même, publié le portrait, et deux de ses camarades, MM. Schramtschenko et Ellis.
Mercredi a commencé l'audition des témoins anglais, et le shipmaster Wood, de Hull, pilote de la Baltique et de la mer du Nord, capitaine du vapeur Zeno, a déposé le premier après avoir prêté serment sur la Bible.

Les pêcheurs de Hull venus à Paris pour déposer devant la commission.

L'Illustration, No. 3231, 28 Janvier 1905

UNE SÉANCE PUBLIQUE DE LA CONFÉRENCE DE PARIS. --Déposition d'un pêcheur de la flottille de Hull. Dessin d'après nature de Paul Renouard.--Voir l'article à la page suivante.
Types de marins anglais de la flottille de Hull ayant déposé devant la commission. Dessins d'après nature de G. Scott,
       Le commandant Clado, lisant la traduction française de sa déposition.

L'ENQUÊTE SUR L'INCIDENT DE HULL: LES TÉMOINS

Les seules séances un peu pittoresques que pouvait nous offrir la conférence internationale chargée de l'enquête sur l'Incident de Hull sont maintenant passées; ce sont celles au cours desquelles ont déposé les armateurs, patrons et matelots des chalutiers qui péchaient sur le Dogger Bank, lors du passage de l'escadre russe.
Mais une déposition, parmi toutes celles-là, a provoqué dans l'auditoire un vif mouvement de curiosité; c'est celle que fit, dans l'après-midi du mercredi 25 janvier, M. George Beeching, armateur, qui a indiqué, avec une grande précision de détails, les conditions dans lesquelles les chalutiers de la mer du Nord, et ceux du port de Hull en particulier, pratiquent la pêche. Ce fut une véritable et très instructive leçon de chose.
D'abord, on vit M. George Beeching sortir d'un petit coffret un modèle réduit du chalutier qu'il déposa sur le bureau de la commission; puis on apporta devant lui de grosses lanternes bien brillantes, bien nettes, de ces fanaux aux formes trapues, aux glaces épaisses et protégées par de solides armatures de cuivre, qui sont en usage à bord des navires et qu'on appelle feux de position. Et, devant ces accessoires, il commença sa conférence technique.
Sa déposition terminée, il fut demandé au témoin s'il avait embarqué des torpilles. A quoi il répondit d'un accent ferme:
--Non, certainement.
--Y avait-il des Japonais à bord?
--Non, monsieur.
--Un bruit quelconque de la présence d'un navire de guerre dans les parages de Hull, est-il venu à vous?
--Non, jusqu'au passage des navires russes.
Le commandant Clado, qui était embarqué sur le Prince-Souvarof en qualité de second capitaine de pavillon de l'amiral Rodjestvensky, allait apporter, avec non moins d'énergie et de précision, dans sa déposition, des affirmations tout autres.
              Fanaux des pêcheurs de Hall.
Le commandant a été entendu dans les deux séances tenues mardi dernier, 31 janvier. Le matin, il a déposé en russe, comme il avait été convenu. Mais, alors que, pour les autres témoins, c'est un traducteur qui lit la version française des dépositions, c'est M. Clado lui-même, qui, le même jour, à la séance de l'après-midi, a donné lecture de la traduction de sa déposition. Il l'a fait d'une voix claire, sans le moindre accent.
Et il attesta la présence, dans les eaux de Hull, sur le lieu de l'incident, non pas d'un, mais de deux torpilleurs, reconnus à la forte volute d'écume que soulevait leur étrave, à leurs doubles cheminées basses et crachant des panaches de fumée.
L'Illustration, No. 3232, 4 Février 1905

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