dimanche 14 octobre 2012

L'année 1905


FRANCE

17 janvier.--La Chambre siège quelques minutes, pour la forme, et s'ajourne sine die, en raison de la crise ministérielle, virtuellement ouverte depuis le 14.
18--Dans une réunion du conseil des ministres à l'Élysée, M. Combes remet officiellement au président de la République, qui l'accepte, la démission collective du cabinet. --Publication au Journal officiel d'arrêtés pris par le ministre de l'intérieur, en application de la loi du 7 juillet 1904, et fixant au 1er septembre prochain, terme de l'année scolaire, la fermeture de 466 établissements d'enseignement congréganistes.
20.--M. Jonnart, gouverneur général de l'Algérie, offre un déjeuner au duc et à la duchesse de Connaught; le même jour le frère du roi d'Angleterre invite le gouverneur à dîner à bord de L'Essex.
21.--M. Rouvier est appelé à l'Élysée en vue de la formation du cabinet.
22.--- Election législative en Corse (arrondissement d'Ajaccio); M. Forcioli, ancien député radical, remplace M. Emmanuel Arène, devenu sénateur.--Obsèques de Louise Michel, dont le corps a été ramené de Marseille à Paris, pour être inhumé à Levallois. Un nombreux cortège composé de groupes socialistes et révolutionnaires accompagne le char funèbre.
23.--Sir Francis Bertie, le nouvel ambassadeur d'Angleterre à Paris remet ses lettres de créance au président de la République.--Le cabinet Rouvier est constitué.

23--Clôture de l'enquête judiciaire sur la mort de M. Gabriel Syveton: le juge d'instruction rend une ordonnance de non-lieu.
25.--Grave accident aux ardoisières d'Avrillé, près d'Angers: 15 ouvriers tués par suite de la rupture d'un câble.
27.--Le nouveau ministère se présente devant les Chambres; lecture de sa déclaration et de son programme, identique à celui du précédent cabinet.--A la Chambre des députés, interpellation visant la déclaration ministérielle et la politique générale: réponse de M. Rouvier, président du conseil; intervention de M. Berteaux, ministre de la guerre, et de M. Delcasse, ministre des affaires étrangères. Adoption, par 410 voix contre 107, d'un ordre du jour de confiance. Vote de deux douzièmes provisoires pour les mois de février et de mars.--Afin d'affirmer la résolution du gouvernement de faire cesser l'agitation causée par l'affaire des fiches de délation, le conseil des ministres arrête, avant la séance, les mesures suivantes: mise en disponibilité du général Peigné, commandant du 9e corps d'armée, membre du conseil supérieur de la guerre: des généraux d'Amboix de Larbont et de Nonancourt; radiation des cadres de la Légion d'honneur du commandant en retraite Bégnicourt.
30.--Explosion d'une bombe, à Paris, avenue de la République, à la suite d'un meeting organisé salle Tivoli à propos des événements de Saint-Pétersbourg; cinq personnes blessées, dont deux gardes républicains.--La nuit précédente, un engin explosif a été déposé au domicile du prince Troubetskoï, attaché à l'ambassade de Russie.


ÉTRANGER

15.--A Moscou, un jeune homme, étudiant, croit-on, tire trois coups de revolver sur le général Trepof, préfet de police, sans l'atteindre.--Fin de la grève de l'industrie pétrolifère à Bakou (Transcaucasie.)
16.--A Essen, l'Union minière patronale ayant refusé d'accorder aux ouvriers la réduction de la journée de travail, la grève générale est proclamée dans le bassin minier de la Ruhr (Westphalie), comptant 370.000 ouvriers.--Grève générale des 140.000 ouvriers des usines Poutilov, près de Saint-Pétersbourg (fabrique de matériel de guerre pour l'État).
17.--En Westphalie, la grève s'étend à 303 mines ou puits de mines; 154.330 ouvriers ont quitté le travail.--A Saint-Pétersbourg, les ouvriers des ateliers franco-russes se joignent à ceux des usines Poutilov.--L'ambassade française quitte Larache pour Fez.
18.--En Westphalie, 307.310 grévistes.--A Saint-Pétersbourg, les 13.000 ouvriers de l'usine gouvernementale de constructions navales de la Neva font grève, arrêtant ainsi la construction d'un croiseur et de torpilleurs.
19.--En Westphalie, 235.000 grévistes; on signale les premières violences; les expéditions de houille sont interrompues.--A Saint-Pétersbourg, où les grévistes sont déjà au nombre de 100.000, les propriétaires de fabriques, réunis au ministère des finances, repoussent la demande de réduction de la journée de travail et refusent de discuter avec les organisations ouvrières. Le pope Gapone, fondateur de l'Union des ouvriers russes, prend la tête du mouvement ouvrier. Les chantiers de la Baltique, de nombreuses usines sont désertés par les travailleurs.--Pendant la cérémonie de la bénédiction des eaux de la Neva, par le tsar, une des pièces de la batterie d'honneur, installée sur la berge, lance sur le palais d'Hiver une boîte à mitraille; les vitres de quatre fenêtres sont brisées.
20.--Signature d'une convention d'arbitrage entre les Etats-Unis et la Suède et Norvège.--Aggravation de la situation, à Saint-Pétersbourg; 74 usines sont fermées; 93.000 ouvriers sont en grève; 5.000 grévistes ont parcouru le quartier de Vassili-Ostrov, faisant cesser partout le travail. Le général Foullon, gouverneur de la ville, interdit les rassemblements; toute la garnison est sur pied.
21.--Manifestation socialiste à Riga.--A Saint-Pétersbourg, les journaux n'ont pas paru; 1.500 établissements sont fermés; 150.000 ouvriers chôment. Le soir, premiers désordres, dans le faubourg d'Okhta.
22.--Conflits sanglants, à Saint-Pétersbourg, entre les troupes et les grévistes qui veulent, le pope Gapone à leur tête, apporter au tsar, au palais d'Hiver, une pétition réclamant une constitution politique et énumérant des revendications économiques. Le tsar est resté à Tsarskoïé-Sélo. Nombreux tués et blessés.

23 janvier.--A Saint-Pétersbourg, la situation reste grave. Le ministre de l'intérieur a fait fermer toutes les succursales de l'Union ouvrière.--Nombreuses grèves à Moscou.--Incendie violent dans les chantiers de l'Amirauté, à Sébastopol.
24.--Publication d'une déclaration du département d'État de Washington, précisant sa politique à Saint-Domingue: les Etats-Unis garantissent à la République Dominicaine l'intégrité de son territoire, ils prennent en mains la perception des impôts, la révision du tarif douanier et le règlement des réclamations étrangères.--Oukase adressé par le tsar au Sénat dirigeant et rétablissant le poste de gouverneur général de Saint-Pétersbourg (supprimé depuis 1866); le général Trepov, préfet de Moscou, nommé à ce poste, reçoit une partie des attributions du ministre de l'intérieur et un pouvoir discrétionnaire l'autorisant à faire intervenir la force armée à sa volonté et lui conférant la police des fabriques et ateliers, des autorités communales, des zemtvos. Il établit son quartier général au Palais d'Hiver. La grève est d'ailleurs en complète décroissance. Arrestations d'écrivains et de journalistes, connus pour leur libéralisme.
25.--A Saint-Pétersbourg, dans la nuit du 24 au 25, obsèques d'un grand nombre des victimes de la fusillade du 22; les corps ont été transportés à 14 kilomètres de la ville. Entente entre le ministre des finances et les fabricants: la durée de la journée réglementaire de travail sera réduite à neuf heures. Aux usines Poutilov, les premières en grève, dans d'autres ateliers, une grande partie des ouvriers ont repris le travail.--A Moscou, les cosaques tirent sur des manifestants; plusieurs blessés.
26.--Entrée de l'ambassade française à Fez, capitale du Maroc.--En Espagne, démission du cabinet Azcarraga.--Élections législative en Hongrie. Le cabinet Tisza éprouve une défaite inattendue et complète. Le parti Kossuth est le victorieux de la journée.--Le traité de commerce entre l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie est signé par les commissaires des deux États; il est valable jusqu'en 1918.--A Saint-Pétersbourg, proclamation du gouverneur général et du ministre des finances invitant les ouvriers à se défier des meneurs politiques et à reprendre le travail, annonçant que le tsar a mis à l'étude la question des assurances ouvrières et qu'une loi vient d'être proposée, qui porte diminution de la journée de travail et donne aux travailleurs la faculté légale de délibérer sur leurs besoins et d'en formuler l'expression. En province, extension de la grève.
27.-- En Espagne, M. Villaverde. déjà président du conseil en 1903, forme un nouveau cabinet, conservateur comme les précédents.--A Saint Pétersbourg, les journaux recommencent à paraître, sous le contrôle de la censure; la ville est calme, La conseil municipal de Moscou élit une commission de 15 membres chargée de s'occuper de la question du mouvement ouvrier. La grève commence à Varsovie.
29.--Les désordres s'aggravent à Varsovie, les écoles et les théâtres sont fermés.



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