dimanche 14 octobre 2012

LE CHATEAU DE BAGATELLE.


Nous avons, il y a quelques mois, rappelé l'histoire de Bagatelle ou «Folie d'Artois», ce souvenir exquis du dix-huitième siècle que, par un caprice de grand seigneur, le duc d'Artois--plus tard Charles X--fit, en 1777, dessiner et construire en deux mois par l'architecte Bélanger pour Marie-Antoinette. Nous exprimions alors le voeu que la ville de Paris réalisât son projet de l'acheter. Nous sommes heureux d'annoncer aujourd'hui que la Ville vient de terminer les formalités d'acquisition.

              Le château de Bagatelle au Bois de Boulogne.
Ce domaine de 24 hectares a été payé 6.500.000 francs à l'héritier de sir Richard Wallace.
Les jardins de Bagatelle restent le seul exemple complet et d'ailleurs charmant des «jardins pittoresques» qu'on appelait aussi «jardins anglo-chinois», si à la mode à la fin du dix huitième siècle.
Qu'en fera-t-on?
De tous les projets présentés celui qui semble le mieux s'adapter au bois de Boulogne, ce cadre élégant de Bagatelle, et au caractère même de ses jardins nous paraît être celui de M. Forestier, le distingué conservateur des promenades de Paris.
Son idée consiste, en effet, à utiliser les jardins de Bagatelle tels qu'ils sont pour en faire au milieu du bois de Boulogne comme un jardin brillant et paré, dont l'attrait serait d'ajouter à la curiosité que peut évoquer un souvenir historique l'intérêt de plantes curieuses, de fleurs rares et nouvelles groupées harmonieusement dans le style du jardin. Bagatelle deviendrait, comme le jardin de Kew, près de Londres, un lieu de promenade très agréable où les Parisiens et les étrangers si amoureux du Bois pourraient admirer, en même temps qu'une jolie «Folie du dix-huitième siècle» intégralement conservée, les plus beaux produits de l'horticulture parisienne. Dans le projet de M. Forestier se trouve, paraît-il, un détail assez intéressant: la création dans le potager de 400 mètres de longueur, d'une immense collection de roses bordée de lis et de clématites.
Il convient, en effet, de ne pas dénaturer un ensemble d'un tel caractère qui a eu l'heureuse fortune d'appartenir à des propriétaires jaloux de nous le conserver intact.
Ainsi, le dernier, sir Richard Wallace n'y occupa jamais moins de vingt jardiniers qui plantaient chaque année 200.000 pieds de fleurs. En dehors de ses gens de service et de ses écuries qui n'entrent pas dans cette somme, l'entretien même de Bagatelle lui coûtait en moyenne 80.000 francs par an.

L'Illustration, No. 3231, 28 Janvier 1905

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