lundi 22 octobre 2012

LE THÉÂTRE DES OPÉRATIONS EN ALSACE ET EN LORRAINE.


Le signe [sabres croisés] indique les points où des combats se sont livrés.--Les noms soulignés sont ceux des villes et villages qu'avaient atteints les troupes françaises en Alsace-Lorraine, au commencement de cette semaine.


Mercredi, 12 août (suite).--Sir Edward Grey, ministre des Affaires étrangères de la Grande-Bretagne, remet à l'ambassadeur d'Autriche-Hongrie, tant au nom du gouvernement français (l'ambassadeur de François-Joseph ayant quitté Paris) que du gouvernement britannique, la déclaration de guerre à partir de minuit.
Un combat, commencé la veille, mardi 11, sur l'Othain, à la frontière nord du département de la Meuse, se termine brillamment pour nos troupes. Les Allemands ont laissé sur le terrain, le premier jour, de nombreux morts, et, entre nos mains, 1.000 prisonniers, une batterie d'artillerie (6 pièces), trois mitrailleuses. Dans la journée du 12, une batterie française surprend le 21e dragons allemand pied à terre et l'anéantit.
Les premiers prisonniers allemands traversent la région de Paris, dirigés vers l'Ouest.
Belgique.--Importante victoire des Belges sur les Allemands à Haelen, dans la province de Limbourg. (Nous en donnons d'autre part le compte rendu, illustré d'impressionnantes photographies.)
Jeudi, 13 août.--A Chambrey (première station en Lorraine annexée de la ligne de Nancy à Château-Salins), nos troupes surprennent deux compagnies d'infanterie bavaroise et les refoulent avec de sérieuses pertes.
Par contre, un échec: deux bataillons français qui s'étaient emparés du village de La Garde (Alsace) en sont chassés par une contre-attaque et se retirent à Xures.
Une série d'engagements a rendu nos troupes maîtresses de la crête des Vosges, où depuis cinq jours elles se maintiennent malgré les contre-attaques. Aux cols du Bonhomme, de Sainte-Marie-aux-Mines, de Saales, tous las efforts ennemis sont repoussés.
Le général Joffre décerne la croix au lieutenant de dragons Bruyant qui, à la tête de sept cavaliers, a attaqué une patrouille d'une trentaine de uhlans, a tué de sa main leur officier et mis en déroute le peloton en le décimant: c'est le premier officier décoré de la campagne. La première médaille militaire est décernée au brigadier de dragons Escoffier.
Un avion allemand, arborant le pavillon français, jette trois bombes sur Vesoul, deux sur Lure.
Belgique.--Très chaude action à Eghézée, à 16 kilomètres au nord de Namur, où les Allemands sont repoussés vers Huy avec de grosses pertes. Escarmouches à Tongres, Hasselt, etc.
Russie.--Hostilités aux frontières allemande et hongroise. (Nous en donnons le détail page 158.)
Serbie.--Les troupes autrichiennes, impuissantes devant Belgrade, auraient franchi, dans la nuit, la Save à Chavatz et la Drina près de Loznitza.
Les troupes monténégrines ont fait leur jonction avec les troupes serbes et pénétré avec elles en Bosnie. L'Herzégovine entière est aux mains des alliés.
Sur mer.--On fait connaître que, le 9, des sous-marins allemands ont attaqué la flotte anglaise. L'un d'eux, l'U. 15, a été coulé par le croiseur Birmingham.
Vendredi, 14 août.--Les troupes françaises, qui avaient, la veille, pris le plateau voisin de Saales, occupent la ville de Saales et le col du même nom, qui commande la vallée de la Bruche. Succès pour notre artillerie appuyant l'attaque d'infanterie.
L'important massif du Donon, dominant toute la vallée de la Bruche est également occupé par nos soldats qui font plus de 500 prisonniers.
Les troupes d'Afrique ont rejoint le front.
D'importantes forces françaises sont entrées en Belgique pour coopérer avec les armées anglaise et belge.
Les Allemands bombardent pour la seconde fois Pont-à-Mousson, lançant plus de 200 obus de gros calibre. Une fillette est tuée. L'hôpital est fort endommagé.
Samedi, 15 août.--Dans la région de Blamont, Cirey, Avricourt, nos forces se sont portées, repoussant les Allemands, jusqu'à la hauteur de Lorquin, à 8 kilomètres en avant de l'ancienne frontière, en enlevant le convoi d'une division de cavalerie allemande, soit 19 camions automobiles. Le corps d'armée bavarois qui nous était opposé se replie vers Sarrebourg.
Dans la Haute-Alsace, Thann est pris. Le drapeau du 132e régiment d'infanterie allemande est enlevé à Sainte-Blaise, dans la vallée de la Bruche, par un bataillon de chasseurs à pied. Les prisonniers faits à Thann assurent que le général von Deimling, qui commandait le 15e corps et avait son quartier général à Thann même, a été blessé à Sainte-Blaise également.
Deux avions français pilotés par le lieutenant Cesari et le caporal Prudhommeau survolent Metz et jettent des bombes sur le hangar des zeppelins, à Frascati.
Un sérieux engagement a lieu sur les bords de la Meuse, près de Dinant, entre Français et Allemands. Le combat dure douze grandes heures, caractérisé par des heurts de cavalerie et d'infanterie, puis par un duel d'artillerie du haut des collines dominant la ville. Les Allemands qui avaient passé sur la rive gauche de la Meuse sont repoussés avec des pertes notables sur Rochefort.
Russie.--Une proclamation du tsar Nicolas II annonce aux Polonais de Russie, d'Autriche et d'Allemagne qu'il leur donne l'autonomie et l'intégrité territoriale. La Pologne est ressuscitée! Le grand-duc Nicolas, commandant en chef de l'armée impériale, adresse un appel aux Polonais, les conviant à s'unifier «sous le sceptre du tsar russe, libres dans leur religion, dans leur langue et dans leur autonomie».

LE PREMIER PRISONNIER
Sous-officier de hussards
allemand amené à un
état-major d'armée à la
frontière.
Japon.--Le Japon fait remettre au gouvernement allemand, par son ambassadeur à Berlin, un ultimatum dans lequel il exige: 1º que l'Allemagne rappelle ou désarme tous ses bâtiments de guerre présents dans les eaux japonaises et chinoises; 2º qu'elle évacue dans le délai d'un mois le territoire qu'elle occupe à bail à Kiao-Tchéou (Chine) qui sera éventuellement restitué à la Chine. Le Japon demande une réponse sous huitaine.
Dimanche, 16 août.--Le mouvement en avant de nos troupes se développe sur tout le front de Réchicourt jusqu'à Sainte-Marie-aux-Mines. Cette ville est enlevée et occupée.
Les troupes qui ont occupé le Donon dans la journée du 14 continuent de progresser dans la vallée de Schirmeck, en capturant un millier de prisonniers, 12 canons de campagne avec leurs caissons de munitions et 8 mitrailleuses.
Allemagne.--Guillaume II quitte le matin Potsdam pour Mayence, où il rejoint le grand quartier général.
Serbie.--Les Serbes, après un effort de deux jours, chassent de Chabatz (rive droite du Danube) les Autrichiens qui s'en étaient emparés; les fuyards abandonnent 14 canons, des mitrailleuses, des approvisionnements, du matériel.
Sur mer.--On confirme que le Kronprinz-Wilhelm, un des plus beaux paquebots allemands, armé en croiseur auxiliaire, a été capturé par le croiseur anglais Essex.
Lundi, 17 août.--La progression en avant continue. Nos troupes occupent les hauteurs au nord de la frontière. Leur ligne de front passe par Abrechwiller, Lorquin, Azoudange et Marsal, ayant gagné de 6 à 8 kilomètres en Lorraine annexée.
Dans la région du Donon, nous occupons Schirmeck. Notre cavalerie a poussé jusqu'à Lutzelhausen et Muhlbach, sur la route de Molsheim.
Au sud, nous avons occupé Villé, Sainte-Croix-aux-Mines. De l'artillerie lourde allemande a été prise.
En Alsace, nous demeurons fortement appuyés sur la ligne Thann, Cernay et Dannemarie. Les forces allemandes se retirent en grand désordre vers le nord et vers l'est.
Le colonel Serret, ancien attaché militaire à Berlin, apporte au ministère de la Guerre le drapeau du 132e régiment d'infanterie allemand, pris à Sainte-Blaise par le 1erbataillon de chasseurs.
Russie.--Le tsar et la famille impériale arrivent à Moscou, pour les prières solennelles.
Sur mer.--Le ministre de la Guerre fait connaître au Conseil de la Défense nationale que la flotte commandée par l'amiral Boué de Lapeyrère a coulé, devant Antivari, un croiseur autrichien, le Zenta, de 2.300 tonnes qui tenait le blocus de ce port.
Un monoplan allemand, arborant les couleurs françaises, laisse tomber trois bombes sur Lunéville. Dégâts purement matériels et insignifiants.
Mardi, 18 août.--Dépêche du général Joffre précisant la situation à cette date: nous avons conquis la majeure partie des vallées des Vosges sur le versant d'Alsace;--au sud de Sarrebourg, l'ennemi, qui avait organisé une position fortifiée défendue par de l'artillerie lourde, s'est replié, et notre cavalerie le poursuit;--nous avons occupé toute la «région des étangs» jusqu'au sud de Fenestrange;--nos troupes débouchent de la Seille, dont une partie des passages ont été évacués par les Allemands, et notre cavalerie est à Château-Salins. «Notre artillerie a des effets démoralisants et foudroyants pour l'adversaire. D'une façon générale, nous avons obtenu, au cours des journées précédentes, des succès importants...»
Belgique.--On confirme le bruit qui courait depuis quelques jours, de la mort du général von Emmich, qui commandait l'armée allemande devant Liége. Suivant une version, il aurait succombé à des blessures; selon une autre, il se serait suicidé, désespéré de son échec.
Le kronprinz serait blessé.
Russie.--A Moscou, cérémonie religieuse au Kremlin; procession impériale à la cathédrale Ouspensky, et réception à la salle Saint-Georges, où le tsar atteste, solennellement, que c'est contre ses intentions que la «tempête militaire» s'est abattue sur son peuple pacifique.
Mercredi, 19 août.--Un communiqué officiel du ministère de la Guerre déclare qu'il est établi, d'après les documents saisis sur les blessés, les morts et les prisonniers, que toute la responsabilité des atrocités commises en Alsace-Lorraine par les troupes allemandes, doit retomber sur le commandement. Elles ont été méthodiquement ordonnées.
Nous continuons à progresser dans la Haute-Alsace. Nos troupes débouchent sur la Seille, occupant tour à tour Château-Salins et Dieuze, puis, à la fin de la journée, Delme et Morhange. Enfin Mulhouse est repris.
A Florenville (Belgique), on signale une rencontre de cavalerie heureuse pour les nôtres.
Belgique.--La reine des Belges et ses enfants, ainsi que le gouvernement et le corps diplomatique, quittent Bruxelles pour Anvers, considérée comme imprenable. Bruxelles demeure bien défendue.
Des forces allemandes très importantes franchissent la Meuse entre Liége et Namur.

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